Pratiquer son rythme de manière méthodique

By      On   Mar 1, 2014   2 Comments

À quoi cela tient-il d’avoir un bon rythme ou sens du rythme? Peut-être à l’oreille et la mémoire des grooves, à une certaine sympathie culturelle avec une musique. Peut-être à la solidité d‘une représentation mentale, à une proximité aux abstractions, voire à une relation intime avec le métronome. Cela tient à beaucoup de choses certainement, si bien qu’y répondre c’est déjà être réducteur. La question semble épineuse parce qu’on a affaire à un concept aux sens multiples: tantôt capacité à garder un tempo strict, le voici maintenant habileté à produire un feel idiomatique (swing, samba, hip-hop, et autres grooves spécifiques). D’autres fois encore on en parlera comme une capacité à assimiler des rythmes complexes voire comme la richesse et la variété d’un vocabulaire. Les professeurs de jazz le savent bien, difficile d’expliquer la vraie nature du swing sans renvoyer tout bonnement l’élève écouter les classiques. On pourrait certes ramener cela à une subdivision du temps en triolets, mais ce serait en occulter toute la richesse et tout ce que les grands joueurs y ont mis et continuent à y mettre de personnel. Un raisonnement similaire s’applique au rebondissement si particulier de la samba, semblable aux vagues qui meurent sur la grève, aux rythmes pressés des tambours batas, aux joyeuses danses bulgares, bref à toutes les musiques dont l’origine est folklorique et dont la transmission est orale de ce fait. Toute la bonne volonté du monde n’y suffirait pas; devant les yeux brillants de l’élève avide de savoir, il faut se résigner à lui recommander de suivre son oreille. Si le groove ne s’enseigne pas, qu’en est-il alors des autres aspects qui font le sens du rythme? Je vais prendre ici le parti de décrire une méthode qui, si elle est appliquée consciencieusement, pourra grandement améliorer votre vocabulaire rythmique, et par là votre indépendance et votre créativité. Plus qu’une série d’exercices spécifiques, il s’agit d’une rigueur dans l’examen de ce qu’on pourrait appeler des ‘phénomènes rythmiques’. En pratiquant à l’aide d’un métronome, il sera possible de travailler la régularité du même coup. Prenons une métrique (4/4), puis une subdivision (doubles croches).  [...]

Catégorie : Éducation

Partitions

Modes et notes caractéristiques

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On parle de note(s) caractéristique(s) pour décrire ce qui distingue un mode des autres modes semblables. Il s’agit de trouver le plus simple élément de différence afin d’affirmer une couleur de manière concise. Dans notre système basé sur des constructions en tierces, les modes se divisent ‘mineurs’, ‘majeurs’, selon que la triade du premier degré est mineure ou majeure. Dans les modes diatoniques, ou ‘d’Église’, on a Dorien, Phrygien et Éolien pour les modes mineurs et Ionien, Mixolydien et Lydien pour les modes majeurs. Mineurs : Dorien                                     Do Ré Mib Fa Sol La Sib Phrygien                                    Do Réb Mib Fa Sol Lab Sib Éolien                                    Do Ré Mib Fa Sol Lab Sib Majeurs : Ionien                                   Do Ré Mi Fa Sol La Si Lydien                                   Do Ré Mi Fa# Sol La Si Mixolydien                                  Do Ré Mi Fa Sol La Sib   Comment distinguer simplement ces modes les uns des autres, dans la mesure où pour une catégorie donnée, ils partagent tous la même triade du premier degré? C’est là que la ou les notes caractéristiques entrent en jeu. Si je veux distinguer Dorien des autres modes mineurs, il s’agit de trouver la note qu’il est le seul à posséder. On exclut d’office les degrés I, III et V (do, mib, sol); son II (ré) ne le distinguera pas d’Éolien et son VII (Sib) est partagé par les deux autres modes. Par élimination, il ne reste que son Vie degré, La qu’il est le seul à posséder.  On peut donc dire que la  [...]

Partitions

Développer son langage triadique

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On utilise couramment les triades et avec raison : c’est un matériau concis (3 notes) et par là polyvalent, mais qui peut néanmoins colorer avec beaucoup d’autorité. Clé de voûte de l’harmonie classique, la théorie jazz en aura extrapolé l’utilisation au travers ce qu’on appelle les ‘upper structure triads’, Voyons par un exemple pratique comment on peut les utiliser pour exprimer certaines couleurs et comment en faire un matériel plus ou moins grand. Prenons par exemple Mi phrygien: Il s’agit d’un mode mineur puisque la triade du degré I est une triade mineure. Parmi les modes de la gamme majeure, deux autres sont des modes mineurs, le VIe, éolien, et le IIe, dorien. Si le but est d’exprimer une couleur typiquement phrygienne à l’exclusion des autres, il faut lever toute ambiguïté en la distinguant des modes les plus proches: Mi Dorien Mi Éolien On peut voir que Mi phrygien diffère de Mi dorien par le IIe degré ainsi que par le VIe. Quant au mode éolien, il n’a qu’un degré différent, le IIe. Pour le distinguer sans ambiguïté de ces deux modes, il faut donc faire entendre le IIe degré, Fa. On dira généralement qu’il s’agit de la note caractéristique du mode. Pour en revenir aux triades, une bonne manière d’exprimer la couleur particulière d’un mode est de trouver une triade qui contient la ou les notes caractéristiques. Dans le cas qui nous intéresse, trois options s’offrent à nous: Fa majeur, Ré mineur ou Si diminué. On préférera généralement la triade majeure pour sa force et sa clarté. La triade mineure marche cependant très bien aussi. Pour ce qui est de la triade diminuée, elle contient un mouvement latent qu’il peut être difficile de contrôler. Rien ne vaut cela dit d’expérimenter avec les différentes options. On a donc une triade de Fa majeur sur base de Mi: Ce serait en soi suffisant pour rendre compte de la couleur du mode. En ajoutant tierce et septième, on obtient un voicing riche au son assez typique: Du point de vue mélodique par contre, utiliser seulement les trois notes d’une triade s’avère rapidement  [...]

Tabla

Tihai

Éducation

Dans la musique classique du nord de l’Inde, un Tihai est une formule rythmique qui sert à terminer une pièce. Conceptuellement, on peut le rapprocher d’une cadence harmonique; c’est un point où la tension atteint son paroxysme et qui culmine naturellement à un repos. Elle peut être rapide ou élaborée selon le degré de tension qu’on souhaite amener, une cadence plus longue faisant naturellement plus languir qu’une plus courte. Comme on l’a vu par ailleurs, il est possible de créer une tension rythmique en utilisant une phrase dont la période n’est pas la même que la métrique sur laquelle on joue. Ainsi, l’oreille est tiraillée entre deux attentes concurrentes. C’est ce qu’on appelle couramment une polyrythmie. Les musiciens indiens ont abordé la question d’une manière qui leur est propre et qui donne lieu à des sophistications infinies. Un Tihai est phrase rythmique qui, répétée trois fois, fera atterrir un accent qu’elle contient sur le premier temps d’un cycle. La définition générale étant sans doute un peu obscure, voici un exemple:     Dans ce cas, la période est deux mesures de 4/4. La phrase répétée trois fois est une phrase de 3 temps où l’accent est placé sur le troisième. Plus précisément, c’est une phrase de 12 doubles croches où l’accent est placé sur la neuvième. Comme il s’agit d’une polyrythmie, cet accent apparait à un endroit différent de la mesure à chaque répétition pour finalement atterrir sur le premier temps. On remarque aisément la tension puis la résolution, à plus forte raison si la métrique originelle est toujours exprimée sous le ti hai. Toutes les variations sur cette valeur fonctionneront bien sûr de la même manière:     etc. Créer ses popres Tihai Il n’est pas nécessaire d’avoir l’ambition de jouer de la musique indienne pour s’intéresser à ce concept. Dans l’optique plus générale de développer son oreille et son vocabulaire, on y trouvera une source importante d’idées rythmiques, qui ont ceci de particulières qu’elles possèdent une forte logique interne. Les musiciens indiens ont leur formule pour concevoir des tihai. Je vous propose la mienne, que je trouve plus  [...]

schoenberg ping pong crop

Progressions pseudo-harmoniques

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Arnold Schoenberg (1874 – 1951), dans son livre ‘Theory of Harmony’, m’aura fait découvrir ce qu’il appelle les progressions pseudo-harmoniques. Pour ceux que l’harmonie tonale intéresse, ce livre, quoique d’une lecture un peu laborieuse, est un nécessaire. Du concept de triade à l’harmonie post-romantique, tout y est expliqué avec force details et d’une manière propre à un autodidacte. Voyons un peu ce que ce concept recouvre et quelles en sont quelques applications potentielles. Une progression pseudo-harmonique signifie un enchaînement d’accords qui n’a pas vraiment de fonction et qui tire davantage son intérêt d’un voice leading intéressant. etc. Le concept devient plus fécond encore quand on s’intéresse aux accords ambigüs par nature, les accords de septième diminuée et les triades augmentées. Descendons d’un demi-ton n’importe quel degré d’une triade augmentée et nous obtenons une triade majeure. De la même manière, en haussant chromatiquement n’importe quel degré nous obtenons une triade mineure. En déplaçant deux voix vers le bas, l’une d’un ton et l’autre d’un demi-ton, on obtient un accord de septième de dominante : L’accord de septième diminuée offre le même genre de possibilités. En baissant chromatiquement n’importe quelle note, nous obtenons un accord de septième de dominante : En haussant n’importe quel degré d’un demi-ton, nous obtenons un accord mineur 7 avec une quinte diminuée ou min7(b5): Voilà un son très Wagnérien si je ne m’abuse! On peut imaginer d’autres progressions du genre. Par exemple, ou encore, Etc. Voyons maintenant comment il est possible d’utiliser un tel outil de manière avantageuse. Pour composer Pour arranger Transformer un accord voix par voix peut être utile pour créer du mouvement sans pour autant altérer structurellement l’harmonie. Pour improviser Un peu comme pour l’arrangement, il s’agit ici d’impliquer un mouvement qui n’est pas présent à priori. L‘intérêt de ce genre de concept réside dans le fait que les applications en sont multiples. C’est aussi là que réside sa difficulté. Devant l’abondance d’options, il faut finalement savoir raisonner comme un artiste: choisir les plus belles, et surtout leur donner un sens.

Close-up-basse

Pratiquer son rythme de manière méthodique

Éducation

À quoi cela tient-il d’avoir un bon rythme ou sens du rythme? Peut-être à l’oreille et la mémoire des grooves, à une certaine sympathie culturelle avec une musique. Peut-être à la solidité d‘une représentation mentale, à une proximité aux abstractions, voire à une relation intime avec le métronome. Cela tient à beaucoup de choses certainement, si bien qu’y répondre c’est déjà être réducteur. La question semble épineuse parce qu’on a affaire à un concept aux sens multiples: tantôt capacité à garder un tempo strict, le voici maintenant habileté à produire un feel idiomatique (swing, samba, hip-hop, et autres grooves spécifiques). D’autres fois encore on en parlera comme une capacité à assimiler des rythmes complexes voire comme la richesse et la variété d’un vocabulaire. Les professeurs de jazz le savent bien, difficile d’expliquer la vraie nature du swing sans renvoyer tout bonnement l’élève écouter les classiques. On pourrait certes ramener cela à une subdivision du temps en triolets, mais ce serait en occulter toute la richesse et tout ce que les grands joueurs y ont mis et continuent à y mettre de personnel. Un raisonnement similaire s’applique au rebondissement si particulier de la samba, semblable aux vagues qui meurent sur la grève, aux rythmes pressés des tambours batas, aux joyeuses danses bulgares, bref à toutes les musiques dont l’origine est folklorique et dont la transmission est orale de ce fait. Toute la bonne volonté du monde n’y suffirait pas; devant les yeux brillants de l’élève avide de savoir, il faut se résigner à lui recommander de suivre son oreille. Si le groove ne s’enseigne pas, qu’en est-il alors des autres aspects qui font le sens du rythme? Je vais prendre ici le parti de décrire une méthode qui, si elle est appliquée consciencieusement, pourra grandement améliorer votre vocabulaire rythmique, et par là votre indépendance et votre créativité. Plus qu’une série d’exercices spécifiques, il s’agit d’une rigueur dans l’examen de ce qu’on pourrait appeler des ‘phénomènes rythmiques’. En pratiquant à l’aide d’un métronome, il sera possible de travailler la régularité du même coup. Prenons une métrique (4/4), puis une subdivision (doubles croches).  [...]