Messiaen et les rythmes bulgares

Éducation

Oliver Messiaen (1908 – 1994) était un compositeur et pédagogue français. Il s’est distingué par des inspirations éclectiques, allant du chant des oiseaux aux folklores mondiaux, ainsi que par un concept rythmique élaborée. On lui doit également la théorie des modes à transposition limitée.

Je vais m’attacher ici à partager son analyse du folklore bulgare et plus particulièrement de la métrique bulgare. Ce sera une paraphrase de ce qu’on peut trouver dans son Traité de couleur, de rythme et d’ornithologie, que je vous recommande si le sujet vous intéresse.

L’organisation rythmique de la musique folklorique bulgare est héritière de la poésie grecque antique, dont la théorie servait également de base à la musique et à la danse de l’époque. On reconnaissait alors deux types de valeurs, la brève et la longue, où cette dernière en valait deux fois la première.

Brève-longue

Une grande variété de rythmes différents pouvaient être obtenus en combinant ces deux valeurs de base.

En voici quelques-uns des plus courants:

L’Iambe:

iambe

La Trochée:

trochée

Le Dactyle:

dactyle

Différents types de Péons:

Péon 1 Péon 2 Péon 3

etc.

Avec ces rythmes on bâtissait des vers, puis des strophes avec ces vers, etc. Chacune de ces combinaisons était porteuse d’un effet particulier, qu’elle devait à un agencement spécifique de mouvement et de pauses.

Le folklore bulgare et ce qu’on pourrait appeler ses différents grooves, c’est-à-dire ses différentes métriques et les différentes manières dont elles sont accentuées, ne fonctionne pas différemment, à ceci près que le rapport change entre la brève et la longue. C’est ce qui rend cette musique si particulière et si intéressante pour le musicien contemporain.

En effet, la brève, plutôt que rester la moitié de la longue, en devient le deux tiers. Ce changement anodin en apparence, modifie complètement la nature des combinaisons basiques de rythmes. Là où un rythme de 5 était possible en combinant trois ou quatre valeurs différentes, il en devient une simple combinaison de deux.

Brève-longue grecque:

iambe

Brève-longue bulgare:

Brève-longue bulgare

Je joint à ce propos un tableau où on peut voir comment certains rythmes grecques se traduisent dans la musique bulgare:

Tableau bulgare, page 1 Tableau bulgare, page 2

On peut apprécier la beauté de ces rythmes en tant que tels, mais on peut également en tirer quelques pistes intéressantes.

Par exemple, une augmentation ou réduction rythmique peut être irrégulière. En d’autres termes, nous ne sommes pas forcés de doubler une valeur ou au contraire de la réduire de moitié; on peut la modifier dans les proportions qui nous plaisent et obtenir ainsi une plus large palette d’effet.

Aussi, il n’est pas un rythme qu’il soit impossible d’obtenir en combinant des 2 et des 3, ce qui est un enseignement utile pour la pratique et la composition.

À vous maintenant de tirer vos propres conclusions de ces traditions ancestrales.